La Parenthèse – Interview avec le gérant, Stéphane Godefroid.

Créée en 1974, La Parenthèse est l’une des premières librairies spécialisées en Bandes Dessinées à voir le jour en France, elle s’installe en vieille ville avec une surface de 35m², pour se retrouver 43 ans plus tard dans la Cour des Arts avec une surface de 350m².

A travers cette interview, revivez l’histoire de la librairie, de l’actuel gérant ainsi que de la bande dessinée, découvrez La Parenthèse.

 

Gérant de la librairie La Parenthèse.

Stéphane Godefroid, gérant de La Parenthèse.

DN : Bonjour, nous sommes aujourd’hui avec Stéphane Godefroid, gérant de la Parenthèse. Je vous laisse vous présenter et présenter la librairie à nos lecteurs.
SG :
La librairie existe depuis 1974, elle a été créée par Jacques Pierre et Luce Vincent qui furent parmi les premiers à ouvrir une librairie spécialisée BD en France. Il existait déja Futuropolis, à Paris, mais qui a fermé ses portes et Expérience, à Lyon.
Nous sommes donc actuellement la deuxième plus ancienne librairie spécialisée BD en France. Jacques fait partie des gens qui ont jeté les bases d’un métier qui n’existait pas encore avant cela. La librairie a connue trois adresses successives tout en s’agrandissant à chaque fois jusqu’à aujourd’hui avec ses 350m² (dont 300m² de vente) qui font de la Parenthèse l’une des plus grandes librairies spécialisées BD en France.

Me concernant, je suis arrivé ici en 2007 après 15 années passées au Ministère des Finances.
J’avais déjà une expérience dans le secteur de la bande dessinée (qui me passionne depuis toujours) en fondant une maison d’édition en 2000 : le Potager Moderne, et mon métier m’avait permis d’acquérir des compétences en gestion et en comptabilité. Je n’ai en revanche pas suivi de formation spécifique pour le métier de libraire. Alors pour la passation, Jacques et moi avons travaillé à 2 pendant 3 ans durant lesquels il m’a appris les bases du métier, avant que je puisse prendre la relève. J’ai aussi été rejoint par mon associé, Mirko Claudot, qui dirige l’établissement.

DN : Est-ce que le positionnement dans la Cour des Arts est favorable au développement de la librairie ?
SG :
Oui et non. Quand on est dans la rue on a beaucoup plus de passage, alors que dans la cour on se coupe d’une partie du grand public. Les gens qui viennent jusqu’ici savent qu’on existe, ils viennent exprès pour nous et d’années en années s’est construite une clientèle relativement spécialiste.
L’avantage principal dans la cour est le prix du mètre carré : On peut avoir une superficie plus importante et ça nous permet de travailler comme on le veut. Nous avons 12 tables de nouveautés (contre 2 ou 3 dans d’autres librairies spécialisées BD) ce qui va considérablement allonger la durée moyenne d’exposition des ouvrages, c’est vital pour des livres qui ont parfois besoin de temps pour trouver leur public.
Nous faisons donc le sacrifice d’un flux de public pour pouvoir travailler de la manière qui nous convient le plus.

DN : Qu’est-ce qu’une journée type au sein de La Parenthèse ?
SG :
La première partie de la journée est consacrée à la manutention car quand on arrive, on trouve des cartons, des palettes de cartons ! Donc on réceptionne les ouvrages, on les met sur les tables et en rayon, on vérifie les factures etc. Ensuite dans l’après-midi nous sommes plus disponibles pour nous consacrer à l’accueil et au conseil de nos clients, ce qu’on fait aussi le matin bien sûr !!
Voilà si on veut résumer basiquement la journée d’un libraire, outre la partie gestion que je me réserve et qui occupe une grande partie de mon temps.

DN : Et contrairement aux légendes, les cartons font 20kg (rires)
SG :
C’est un minimum (rires), cela peut aller de 15 jusqu’à parfois 30kg.

DN : Alors bien sûr, nous sommes dans une librairie mais la Parenthèse propose-t’elle autre chose que des ouvrages en bande dessinée ?
SG : Dans une librairie, ce sont des livres qu’on est censé trouver. Nous avons malgré tout développé un rayon Para-BD mais qui reste relativement marginal (environ 5% de  notre chiffre d’affaire) ainsi qu’un rayon « occasions et collection », mais le cœur de notre métier restera toujours la vente de livres neufs.
Dans notre rayon Para-BD, on peut trouver des figurines, des statuettes (Astérix, Gaston, Tintin, Blake & Mortimer…), des affiches ou des sérigraphies.

Rayon Para-BD de la Parenthèse.

Une partie du rayon Para-BD.

DN : J’imagine que oui mais êtes-vous sollicités par la ville de Nancy pour des événements ?
SG : En qualité de membre de Lire à Nancy (l’association des libraires de Nancy), nous sommes co-organisateurs du Livre sur la Place, le salon qui a lieu tous les ans au mois de septembre.

DN : Passons à la BD en général, qu’est-ce que vous pouvez nous dire sur la popularité de la BD en France et comment cela a évolué ces dernières années ?
SG : Je pense que la bande dessinée gagne du terrain avec une immense variété de titres. C’est très agréable aujourd’hui de constater que ce qui se vend le plus est souvent de qualité.
Cela n’a pas toujours été le cas … Aujourd’hui la popularité de la bande dessinée ne se dément pas, le public est de plus en plus large et les auteurs passent souvent à radios, à la télévision ainsi que dans les journaux. On retrouve ainsi des ouvrages ambitieux et intéressants mis en avant.

DN : Il y avait, et peut-être toujours maintenant, la pensée “La BD ? Oh c’est pour les enfants, ce n’est pas de la vraie lecture”, est-ce que cette phrase est toujours d’actualité ?
SG :
On a toujours considéré les cultures populaires comme des « sous cultures ».
Prenez par exemple le jazz: il était considéré dans les années 40 comme une musique dégénérée de rastaquouères, alors qu’aujourd’hui son statut est comparable à celui de la musique classique. De même pendant longtemps, on considérait que les romans policiers était de la sous-littérature, jusqu’à qu’on lui reconnaisse des qualités sociologiques.

La bande dessinée ne déroge donc pas à cette règle : Toute culture issue du peuple mettra plusieurs générations pour accéder à une reconnaissance « officielle ».
Des journaux comme Télérama qui écrivent aujourd’hui le plus grand bien de certains ouvrages de bande dessinée étaient très discriminants dans les années 80. Les seules fois où ils employaient le terme de « bande dessinée », c’était pour qualifier des films à l’action simpliste et linéaire comme “Indiana Jones”. C’est très révélateur du mépris dont la BD a été l’objet pendant très longtemps.

Des chefs-d’œuvres en BD, il y en a toujours eu ! Depuis les années 20 avec “Krazy Kat” (Etats-Unis), “Tintin” est arrivé dans les années 30, et les années 40, 50 et 60 comptent leur lot de chefs-d’œuvre  incontournables. La BD pour adultes est ensuite arrivée avec “Corto Maltese” ou l’underground américain. Il faudra pourtant attendre les années 2000 pour que la BD soit enfin admise comme une véritable forme de littérature ne s’adressant pas seulement aux enfants, et encore je suis certain que cette perception des choses n’est pas encore dans toutes les têtes.
En tout cas, l’image que nous défendons de la BD depuis 1974 est celle d’une forme de littérature à part entière, et au travers de laquelle s’expriment des artistes aussi importants que dans les autres disciplines artistiques mieux reconnues.

DN : Et bien merci pour cette réponse très complète. En entrant, nous avons vu qu’il y avait une salle des machines, comment est venue cette idée de l’implanter dans une librairie?
SG :
Je ne suis pas le mieux placé pour répondre à cette question puisque c’est mon prédécesseur, Jacques Pierre, qui était amoureux et collectionneur d’automates. Il a voulu que la librairie s’ouvre sur autre chose que la seule bande dessinée. Il a crée cette petite fenêtre vers l’imaginaire et la poésie qui a été entretenue depuis qu’il est parti, car nous estimons que cette salle fait partie de la personnalité de la librairie.

Partie des automates de La Parenthèse.

Une partie de la salle des automates.

DN : Très bien. Et bien pour finir, pouvez-vous citer trois œuvres ou trois auteurs pour un public qui ne se serait jamais approché du monde de la BD ?
SG
: Nous conseillons beaucoup “L’arabe du futur” de Riad Sattouf, pour lequel on a eu des retours étonnants, par exemple de la part d’adolescents qui ne lisaient pas, non seulement le livre a été lu mais il a aussi été prêté à des copains d’école, ils en parlent entre eux car ils se sentent concernés par les sujets abordés.
Après il y a “Les vieux fourneaux” dans les grosses ventes de ces dernières années, c’est une comédie pleine d’humanité à l’écriture très soignée (on songe parfois à Michel Audiard), qui traite de thèmes résolument contemporains. C’est l’exemple typique de l’album qui abolit la frontière des genres et va aller conquérir un public parfois très éloigné de la bande dessinée.

Je peux aussi parler de tout cette génération de BD plus intimistes qui s’est développé au cours de ces dernières années et qui nous a amené un public féminin qui ne se reconnaissait pas dans la BD traditionnellement plus « masculine » qui dominait auparavant. On peut citer par exemple les œuvres de Catel et Bocquet , biographies de grandes féministes comme “Kiki de Montparnasse”, “Joséphine Baker”, “Ainsi soit Benoîte Groult” ou encore “Olympe de Gouges”.
Citons aussi “Persepolis” qui a beaucoup marqué en son temps et amené à la bande dessinée des gens qui n’en lisaient jamais.

DN : Et bien c’est une bonne liste, je pense qu’avec ça le public pourra trouver son compte ! Merci beaucoup pour l’interview ainsi que pour votre accueil !

 

La Parenthèse
19 Cour des Arts
54000 Nancy
03.83.35.39.63
http://www.canalbd.net/la-parenthese
https://www.facebook.com/laparenthese54/

1 réponse

  1. 28 mai 2019

    […] : Akiba Station est également située dans la même cour que La Parenthèse et Atout Manga, d’où est venu ce choix de positionnement ? AS : Lorsque nous nous sommes […]

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